Le Grand Balcon s’inspire librement de la pièce Le Balcon,de Jean Genetqui fait de cette plateforme un espace de contestation entre la révolution et la contrerévolution, la réalité et l’illusion. Figure récurrente de l’écriture de Genet, le balcon est un lieu de gestes pervers où la représentation même peut être perversement troublée. Pour Genet (et pour de nombreux autres artistes, dont Shakespeare) le balcon est aussi un topos de la galanterie amoureuse : un cadre privilégié mais ambigu qui rapproche les tourtereaux tout en les tenant à distance. C’est un dispositif du désir et un espace théâtral qui articule la relation complexe entre le dedans et le dehors, le haut et le bas. Le balcon est également assujetti à un régime particulier de visibilité, où une personne peut se mettre en scène de façon dramatique et afficher à la fois pouvoir et vulnérabilité. Dans la pièce de Genet, le Grand Balcon est un lupanar. C’est aussi un microcosme férocement ironique de la classe dirigeante assiégée par les forces révolutionnaires aux abois. À son tour, l’exposition Le Grand Balcon adopte l’intérêt de Genet pour la métathéâtralité et les jeux de rôles en déployant des expériences parallèlement à des « objets » qui refusent souvent de se révéler comme des vérités. En tant qu’exposition, Le Grand Balcon vise à générer des expériences qui ouvrent un espace mental permettant de repenser certaines de nos questions les plus pressantes – nos pratiques écologiques désastreuses, la dématérialisation croissante de l’économie et l’évolution vers une communauté prophétique mondiale autodestructrice. Les œuvres choisies pour Le Grand Balcon dénotent une préférence pour des « images » d’une profonde résonance historique qui nous ancrent matériellement et sensoriellement dans le moment présent. L’exposition nous invite ainsi à réexaminer notre poursuite d’activités sensuelles : les plaisirs profondément ressentis. Peut-on développer une politique hédoniste ? Un hédonisme éthique ? Un utilitarisme joyeux et une esthétique du matérialisme sensuel qui mobilisent les pleines capacités du cerveau et du corps face à l’indifférence du (simple) savoir ? Le Grand Balcon enrôle aussi le fameux Marquis de Sade, qui ajoute le droit au plaisir au canon des droits de la personne. Son apologie du plaisir dévoile les paradoxes du principe bourgeois de l’égalité formelle, car elle met en évidence le fait que le fantasme rejette catégoriquement l’universalisation. Le fantasme est la façon suprêmement individuelle dont chacun structure sa relation « impossible » au concret. Notre exposition vise quelque chose de plutôt radical : développer un espace indocile et récalcitrant qui donne forme à une esthétique de la résistance à la violence de la quantification et de la catégorisation, ainsi qu’à la violence de la dénomination et du contrôle. En recourant à une approche matérialiste et sensualiste, et en misant sur le potentiel libérateur de l’art, cette exposition nous invite à réexaminer l’(im)possibilité d’une émancipation par le plaisir – et son urgence. Elle nous exhorte à affirmer le plaisir que nous devons prendre – une politique hédoniste – loin des gratifications faciles de la consommation. Elle nous invite à mettre en scène la recherche des plaisirs sensuels et à appeler le plaisir à jouer une fois de plus un rôle déterminant dans la vie quotidienne et la prise de décision politique. Selon la tradition de Genet et de Sade, Le Grand Balcon sera à la fois enjoué et fataliste dans sa présentation de pièces, de corridors et de balcons où les choses peuvent – de façon très créative, constructive, jouissive – se mettre à déraper. —Philippe Pirotte, commissaire, Le Grand Balcon Le Grand Balcon est une réalisation de La Biennale de Montréal en coproduction avec le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), et avec la participation de plusieurs autres partenaires locaux. Le Grand Balcon est ouverte au grand public du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017. Journées d’ouverture 18 au 21 octobre Pré-ouverture réservée aux médias et aux professionnels 18 et 19 octobre Commissaire et aviseurs Philippe Pirotte Commissaire Philippe Pirotte (né en 1972, en Belgique) est historien de l’art, commissaire, critique et directeur de la Staatliche Hochschule für Bildende Künste Städelschule et de Portikus, des lieux majeurs consacrés à l’art contemporain en Allemagne et au-delà de ses frontières. M. Pirotte a été l’un des directeurs fondateurs du centre d’art contemporain objectif_exhibitions à Anvers, en Belgique. De 2005 à 2011, il a été directeur de la Kunsthalle Bern, en Suisse, institution de réputation internationale où il a monté des expositions individuelles d’artistes comme Anne-Mie Van Kerckhoven, Owen Land, Oscar Tuazon, Jutta Koether, Allan Kaprow et Corey McCorkle. De 2004 à 2013, M. Pirotte a occupé le poste de conseiller principal de la Rijksakademie pour les arts plastiques à Amsterdam. En 2012, il est devenu conservateur principal adjoint du UC Berkeley Art Museum and Pacific Film Archive. Il a également agi comme conseiller à la direction de programmes du Sifang Art Museum à Nanjing et il est conseiller à la Kadist Art Foundation (Paris/San Francisco). Sylvie Fortin Directrice générale et artistique Directrice générale et artistique de La Biennale de Montréal depuis septembre 2013, Sylvie Fortin œuvre depuis 20 ans à titre de commissaire, critique, éditrice et gestionnaire d’organismes artistiques. À titre de rédactrice en chef (2004-2007) et directrice générale/rédactrice (2007-2012) de ART PAPERS, un bimensuel en art contemporain publié à Atlanta, elle a su transformer cette revue de publication régionale en une référence internationale. Elle a été conservatrice de l’art contemporain à l’Agnes Etherington Art Centre à l’Université Queen’s (2013), commissaire de Manif 5 – la Biennale de Québec (2010), conservatrice de l’art contemporain à la Galerie d’art d’Ottawa (1996-2001), coordonnatrice à la programmation à la Chambre Blanche, Québec (1991-1994), et collaboratrice à long terme d’OBORO, Montréal (1994-2001). Ses textes sont régulièrement publiés dans divers catalogues, anthologies et revues. Corey McCorkle Membre du comité consultatif Corey McCorkle est artiste ; il vit et travaille à New York. Diplômé de l’école de l’Art Institute of Chicago (baccalauréat en beaux-arts) et de l’University of Illinois at Chicago (maîtrise en beaux-arts), il a également terminé des études au programme d’architecture du Pratt Institute à New York. Son travail a fait l’objet d’expositions individuelles à Maccarone, New York (2016, 2013, 2011, 2007); Artpace San Antonio, Texas (2010); FRAC Île-de-France – Le Plateau, Paris (2010); Stella Lohaus Gallery, Anvers, Belgique (2009); et Kunsthalle Bern, Suisse (2005). Ses œuvres ont fait partie de plusieurs expositions collectives, dont Inside Out, MOCA Cleveland (2012); Erre, Centre Pompidou-Metz (2011); The World is Yours, Louisiana Museum of Modern Art, Humlebæck, Danemark (2009); Le Corbusier: The Art of Architecture, Barbican, Londres (2009); Political/Minimal, Kunst-Werke, Berlin (2008); Modern Ruin, Gallery of Modern Art, Brisbane (2008); Whitney Biennial 2008, Whitney Museum, New York; Traces du Sacré, Centre Pompidou, Paris (2008); 4e Biennale de Berlin (2006); The Plain of Heaven, Creative Time, New York (2005); et Greater New York, PS1, New York (2004). McCorkle est conférencier principal par intérim et responsable du cours Art & Architecture au Royal Institute of Art à Stockholm depuis février 2015 et professeur adjoint à la Steinhardt School of Culture à l’Université de New York. Aseman Sabet Membre du comité consultatif Aseman Sabet est doctorante en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur l’émergence d’une théorie de la connaissance tactile dans le discours esthétique et la critique d’art au 18e siècle. Elle travaille également à titre de commissaire indépendante et de chargée de cours, et collabore régulièrement avec différentes publications spécialisées en art contemporain. Depuis 2014, elle codirige le volet francophone de la Société canadienne d’esthétique et siège au conseil d’administration du Centre Clark. Kitty Scott Membre du comité consultatif Kitty Scott est Carol and Morton Rapp Curator, Modern and Contemporary Art, au Musée des beaux-arts de l’Ontario à Toronto. Précédemment, elle a été directrice des arts visuels au Banff Centre, Canada, conservatrice en chef à la Serpentine Gallery à Londres et conservatrice de l’art contemporain au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. Son impressionnant parcours comprend des expositions avec des artistes comme Francis Alÿs, Stephen Andrews, Janet Cardiff et George Bures Miller, Paul Chan, Peter Doig, Janice Kerbel, Ragnar Kjartansson, Ken Lum, Scott McFarland, Silke Otto-Knapp, Frances Stark et Ron Terada. Elle a joué un rôle central dans la dOCUMENTA (13) en 2012 et est co-commissaire de la Liverpool Biennial (2018). Scott a abondamment écrit sur l’art contemporain dans des catalogues, des ouvrages et des revues, et elle a dirigé la publication Raising Frankenstein: Curatorial Education and Its Discontents (2010). Elle est régulièrement invitée à donner des conférences dans les écoles d’art et dans le cadre de programmes de commissariat en Amérique du Nord. Histoire L’évènement d’art actuel international La Biennale de Montréal (BNLMTL) a été mis en place en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal (CIAC), qui en a produit les sept premières éditions. En 2013, La Biennale de Montréal devient un organisme à but non lucratif indépendant, dont l’objectif principal est de valoriser l’événement bisannuel BNLMTL. Dans cette visée, le nouvel organisme élabore rapidement un partenariat pluriannuel, stratégique et novateur, avec le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) qui a, de son côté, produit deux éditions remarquées de la Triennale québécoise. La Biennale de Montréal transforme ce partenariat en une plateforme fédératrice qui se donne pour objectif de consolider la communauté artistique montréalaise et d’en promouvoir le rayonnement national et international. Élément essentiel du paysage de l’art actuel canadien depuis dix-huit ans, BNLMTL offre aujourd’hui une programmation élargie d’expositions et d’événements soutenue par un solide réseau de diffusion montréalais. BNLMTL se trouve ainsi dans une position idéale pour convier un public élargi à découvrir les pratiques artistiques de pointe et à se sensibiliser aux enjeux qu’elles soulèvent. Par ses actions, BNLMTL veut également accompagner le travail des artistes québécois, canadiens et étrangers, contribuer à l’élaboration des discours sur l’art, réfléchir à la pratique du commissariat et jouer un rôle porteur dans le réseau des biennales internationales par sa manière singulière de mettre en expérience les questions qui taraudent notre monde. Mission La mission de La Biennale de Montréal est de stimuler, produire, interpréter et diffuser les pratiques d’arts visuels les plus actuelles par la présentation de l’évènement bisannuel BNLMTL. Ce faisant, La Biennale de Montréal offre à un large public une occasion privilégiée de s’approprier les enjeux esthétiques et sociaux de l’art actuel. La Biennale de Montréal dote également les communautés artistiques québécoises et canadiennes d’un événement international notoire qui suscite la confrontation à une diversité de pratiques de pointe, les rencontres, le débat et le développement de réseaux internationaux. Dans toutes ses actions, La Biennale de Montréal mise sur le risque et l’expérimentation. Elle se donne pour mandat de soutenir des propositions artistiques audacieuses, de réaliser des projets de commissariat percutants et de susciter la réflexion en offrant au public des expériences contrastées.